Qu'il n'est pas aisé de paraître celui que l'on n'est pas.
Vincent, je m'appelle Vincent, mais mes proches m'appelle Vince, ça fait plus viril, plus dur, plus homme.
Je suis flic, pas simple agent remuant les bras devant les monospace des mères de famille au carrefour, non le Flic avec un grand « f », dans toute sa splendeur, musclé, le regard de tueur, tatoué sur les bras pour montrer que l'on a vécu , qu'on ne nous la fait pas.
Jamais bonjour, jamais bonsoir. Les autres, les fonctionnaires, sont, j'en suis sûr, persuadé que j'habite au poste, pire, que je m'y sens bien, au point de ne pas vouloir rentrer chez moi. S'ils savaient.., s'ils savaient.
J'ai 40 ans, marié pas d'enfants. On n'en voulait pas, elle ne pouvait pas. Pas le temps de se demander pourquoi. On s'est aimé, jeune, on s'est marié, trop jeune. Elle, rassurée par la présence d'un homme à ses côtés, moi rassuré de ne pas vivre seul, on forme un couple comme tant d'autres, un couple par habitude.
Avec elle, je joue le rôle qu'elle attend de moi : une présence paternelle. Peu importe l'heure à laquelle je rentre, elle m'attend, me sert à manger, à boire. Jamais je ne porte une assiette, un plat. La vaisselle ? Jamais.
La nuit quand on s'aime, elle me veut fougueux, brutal, mâle. Jamais elle ne me demande ce que je veux, et même si je lui en faisais part elle ne comprendrait pas, ne me croirait pas. J'ai un rôle à jouer et je le joue.
Parfois, quand il lui arrive de quitter la maison plus tôt, je reste seul, j'ôte mes vêtements et mon masque. Je reste nu, nu de tout mes artifices .Je m'approche de ses armoires à la recherche d'une tendresse qui m'est interdite. Je caresse délicatement ses dessous de soie, je me prend à rêver à l'adolescente que je n'ai jamais été, à la courte robe que je porterais dans la chaleur des nuits de Barcelone, au bruit de mes escarpins sur le pavé, aux regards troublants des ibères, beaux, grands et bronzés.
Alors, je referme le tiroir de mes rêves inavoués et remets mon déguisement pour parader au carnaval de la vie.